La recherche-action VIF Marmaille

POURQUOI UNE RECHERCHE-ACTION SUR LES VIOLENCES INTRAFAMILIALES FAITES AUX ENFANTS ?

Initiée par le Département de la Réunion et conduite par le [VA]LAB en partenariat avec l'équipe pluridisciplinaire de Strategic Design Scenarios (rassemblant sciences comportementales et designers), la recherche-action participative VIF Marmaille a débuté en Septembre 2025 avec pour but de mieux comprendre pourquoi les violences intrafamiliales, et en particulier les violences faites aux enfants (marmaille), persiste en dépit des dispositifs et politiques diverses mises en place depuis des décennies. 

UNE PRIORITÉ PUBLIQUE

Face à l’ampleur des violences intrafamiliales – avec des chiffres qui à La Réunion comme ailleurs, témoignent d’un caractère systémique et durable – le Département, en qualité de chef de file de l’action sociale, coordonne le plan de lutte et de prévention contre les Violences Intrafamiliales.

Un diagnostic partagé avec l’ensemble des acteurs publiques et de terrain a permis de poser 4 axes d’intervention (+1) :

- Le repérage précoce des enfants victimes de violences intrafamiliales

- Une prise en charge adaptée sur le plan social sanitaire et juridique de l’enfant victime

- Une culture commune en matière de prévention et de lutte

- Un plan de communication à destination du grand public et interprofessionnel

- Une gouvernance partagée


FAIRE CULTURE COMMUNE

La recherche-action s’inscrit dans l’axe 3 du plan de lutte et de prévention contre les VIF : faire culture commune.

Le but ? Mieux comprendre les racines des violences intrafamiliales, les schémas comportementaux des victimes et des auteurs, étudier les  facteurs socioculturels et historiques spécifiques au territoire réunionnais pour concevoir puis expérimenter des réponses publiques centrées usagers.

Les apports essentiels ?

- Créer des passerelles concrètes et documentées entre les actions existantes, 

- Documenter et partager des connaissances vivantes, produire des outils transférables.



POURQUOI UN FOCUS MARMAILLE ?

Parce que les enfants sont des victimes particulièrement vulnérables...

A l’enfance et à l’adolescence, filles et garçons peuvent être victimes (et/ou témoins) de violences psychologiques, sexuelles ou physiques en raison de leurs vulnérabilités (incapacité à se protéger). À la Réunion, 26 % des femmes et 20 % des hommes déclarent avoir vécus des violences intrafamiliales. 9% des femmes et 6% des hommes ont vécus des violences physiques durant leur enfance/adolescence. 7% des femmes et 1% des hommes déclarent des violences sexuelles. Filles et garçons déclarent les premières agressions sexuelles vécues vers 8-10 ans, et plus de la moitié d’entre eux les ont vécues 5 fois ou plus. 

Parce que les enfants victimes sont plus à risques de re-devenir victimes une fois adultes...

Les violences et difficultés familiales vécues dans l'enfance doublent le risque d’être victime de violences conjugales à l’âge adulte. Une femme sur cinq ayant été témoin de violences entre ses parents est victime de violences conjugales. Cela signifie aussi qu’une majorité d’entre elles ne se trouvent en situation de violences conjugales. Des leviers existent alors pour échapper au risque de violence à l’âge adulte.

Parce que les enfants victimes sont plus à risques de devenir auteurs de violences une fois adultes...

Être victime de violences dans l'enfance constitue un facteur de risque significatif pour devenir auteur de violences, avec un taux de transmission estimé autour de 30%, soit environ six fois supérieur à la population générale. Cependant, cela signifie également que la majorité des victimes ne deviennent pas des agresseurs. Cela souligne l'importance des facteurs de résilience et d’interventions préventives pour briser ce cycle.


POURQUOI LES ENFANTS VICTIMES PEUVENT-ILS DEVENIR À NOUVEAU VICTIMES OU AUTEURS UNE FOIS ADULTES ?

1. Mécanisme : La théorie de l'apprentissage social
Ce que l’enfant apprend : "La violence est normale/efficace" > Conséquence adulte : peut devenir agresseur

2. Mécanisme : Le processus d’impuissance apprise
Ce que l’enfant apprend : "Je ne peux rien faire contre la violence, il faut vivre avec" > Conséquence adulte : peut devenir victime

“ Si on veut vraiment arrêter la reproduction des modèles de violences et de soumission intergénérationnelle, il est essentiel d'agir sur les enfants. “

LES ENFANTS, UN LEVIER D'ACTION LONG TERME ?

Si le Département veut agir, au long cours, sur le problème des violences intrafamiliales, avoir un point d’attention particulier sur les violences faites aux enfants au cœur de sa politique est clé. En tant que collectivité en charge de la protection de l'enfance et de l'action sociale, le Département possède d’ailleurs des leviers d'intervention légitimes et directs : services de la PMI, Aide sociale à l'enfance, centres sociaux et dispositifs de prévention. 

Se concentrer sur les enfants permet une approche à la fois préventive et curative : protéger immédiatement les mineurs en danger, accompagner les familles dans leur parentalité, et briser durablement les mécanismes de reproduction de la violence.