Méthodologie
LA MÉTHODOLOGIE ET L'ESPRIT DE LA RECHERCHE-ACTION
UNE RECHERCHE-ACTION HYBRIDE SCIENCES COMP. & DESIGN DE SERVICES
Une recherche-action est une démarche quelque peu atypique dans l’action publique, car il s’agit d’une démarche scientifique exploratoire et créative, qui vise à la production de connaissances tout en générant des expérimentations de transformations sociales. Une recherche-action n'est pas une évaluation des politiques publiques ou des dispositifs. C'est également un dispositif particulier où tous les participants sont considérés comme co-chercheurs, chacun contribuant à la production de connaissances grâce à son expertise académique ou empirique (pratique). Comme son nom l'indique, une recherche-action vise à la fois à comprendre et à agir par l'expérimentation.
Cette recherche-action VIF, initiée par le Département de la Réunion, a enfin la spécificité de s'appuyer sur une approche hybride qui mêle étroitement sciences comportementales d'une part, et design de services d'autre part.
L'ESPRIT DE LA RECHERCHE-ACTION
1. Partir d'un besoin social réel - Répondre à une problématique sociale et sociétale concrète de terrain (ici les VIF),
2. Se dérouler en 'milieu naturel' - Observations et interventions dans le contexte réel sur tout le territoire (bas, hauts, cirques)
3. Approche participative et inclusive - Implication de tous les acteurs concernés (institutionnels et non-institutionnels, collectifs, réseaux informels, usagers)
4. Flexibilité et adaptabilité - Méthode itérative avec ajustements chemin faisant selon les résultats et opportunités
5. Communication continue - Transparence des données et récit de la démarche en temps réel
6. Auto-évaluation permanente - Mesure régulière d'impact et ajustements méthodologiques
7. Des savoirs et pistes prometteuses - Production de savoirs, expérimentations et pistes sans garantie de "régler le problème" qui ne peut être résolu par une solution unique mais un ensemble de réponses complémentaires.
Une recherche-action ne suit pas une méthodologie figée. Au contraire, elle est flexible, adaptable et itérative. Elle est conçue pour s'adapter aux opportunités, aux contraintes, aux besoins identifiés au fil de la recherche. Par exemple, si l'investigation se révèle plus riche que prévue initialement alors celle-ci se poursuivra en parallèle du démarrage du processus d'idéation ou d'expérimentations menés avec d'autres acteurs. Le schéma ci-dessous illustre la trajectoire générale de la démarche.
On y retrouve 4 grandes étapes :
La phase de cadrage qui vise à déterminer le périmètre de la recherche-action. Dans le cas présent, c'est durant cette phase qu'il a été décidé d'avoir un focus spécifique sur les violences faites aux enfants.
Étape 1 : L'investigation
Collecte des données et immersion terrain : pour bien connaitre une thématique, il faut prendre le temps de l’investiguer en profondeur sur le terrain, au contact des profesisonnels et associations de terrains mais également des familles, des usagers. En effet, si une revue de littérature permet de monter en connaissances sur l’existant (notamment une meilleure compréhension des concepts, causes, facteurs clés, etc.), le terrain, lui, apporte, une série de clés de lecture qualitative, de témoignages réels.
Concrètement, dans cette phase, deux types d’activités se feront en parallèle :
- Revue de littérature générale sur les violences domestiques/violences intrafamiliales (causes/facteurs, ampleur du phénomène, etc.), autrement dit : Les VIF c’est quoi exactement ? De quoi parle t-on ? Quels sont les causes et effets du phénomène ?
- Revue de littérature (en particulier sociologique) sur les VIF à la Réunion mais aussi, plus largement, les rapports femmes-hommes, les représentations sociales, les pratiques éducatives, etc. Autrement dit : Quelle est la situation à la Réunion ? Y’a t’il des spécificités réunionnaises ? De quelles natures ? Pourquoi ?
- Revue de littérature internationale (de type benchmarking) sur les ‘Good practices’ (et proofs of concepts) en termes de politiques publiques sur les violences domestiques. Autrement dit : Qu’est ce qui a fait ses preuves ailleurs ? Qu’est ce qui fonctionnent ? Pourquoi et comment ?
- Rencontres, entretiens et visites auprès des parties prenantes clés (institutions, associations, etc.) : Que font-elles ? Quelle lecture ont-elles du problème ? Quelles solutions proposent-elles ? Qu’est-ce qui marchent bien et moins bien selon elles ?
- Rencontres et entretiens des victimes et des auteurs (sous main de justice ?)
- Visites de terrain
Étape 2 : L'idéation et expérimentation
Une recherche-action n’est pas qu’un projet de recherche : c’est aussi une démarche d’action, où des pistes et solutions potentielles sont mises en œuvre de manière opérationnelle pour en éprouver la pertinence, l’utilité ou l’efficacité.
Cette phase combine deux dimensions indissociables : l’idéation et l’expérimentation, pensées de manière concomitante. L’idéation identifie les solutions les plus prometteuses à partir de :
- ce qui fonctionne déjà localement à La Réunion et pourrait être étendu ;
- ce qui se fait ailleurs et pourrait être transféré ;
- ce qui pourrait être inventé grâce à des outils de créativité.
Les expérimentations, menées en parallèle, permettent de tester rapidement les idées, d’en tirer des enseignements et de générer de nouvelles pistes. C’est une phase de tâtonnement et d’apprentissage, où l’on découvre aussi bien « des trucs qui ne marchent pas » que « des trucs inattendus ».
Étape 3 : Analyse et capitalisation
La phase d’analyse et capitalisation représente l’étape cruciale où la recherche-action consolide les savoirs récoltés. L’équipe rassemble méticuleusement l’ensemble des données collectées (observations de terrain, résultats d’expérimentations, témoignages, mesures d’impact) pour en extraire des enseignements structurés, y compris des recommandations sur les suites potentielles.
À travers une analyse collective, l’équipe identifiera des "patterns" (comme les sous-causes des violences), les facteurs de réussite des « pratiques qui marchent », ainsi que les obstacles rencontrés. Ce travail s’accompagne d’un processus de capitalisation visant à formaliser les connaissances sous forme de modèles, conseils, guides méthodologiques et recommandations opérationnelles.
Pour valider et enrichir ces conclusions, les parties prenantes seront associées, par exemple lors d’un atelier de mise en conversation. On pourra y mobiliser des techniques pour classer les apprentissages : "Ce qu’on a confirmé + Ce qu’on a appris + Ce qui nous a étonné."
Étape 4 : Dissémination et suite
Trop souvent, les recherches-actions, ou autres démarches de ce type, négligent la phase de dissémination. En effet, par manque de temps ou parce que toutes les ressources ont été épuisées, les projets de ce type organisent un séminaire ou une conférence finale et publie un rapport PDF en ligne. Et cela s’arrête là ou presque. Pour éviter cela, nous explorerons avec l'équipe et les partenaires de la démarche quelles seront les meilleures façons de partager les savoirs produits aussi bien au niveau local (formation, évènement, presse réunionnaise, etc.) que national voire même Européen.


