Episode 1 [investigation] : comprendre ce qui cause les violences

A LA RENCONTRE DE CELLES ET CEUX QUI ŒUVRENT SUR LES VIOLENCES INTRAFAMILIALES


1e tournée : Comprendre le phénomène des violences et identifier ses causes

Pour comprendre un problème public, d'autant plus un problème aussi complexe que celui des violences intrafamiliales, il convient de :

- se documenter en faisant une revue de littérature pour se nourrir de ce qui est connu, ce qui a été étudié et recherché jusqu'ici sur le sujet, c'est ce que dans la recherche-action nous avons appelé l'Investigation Théorique.

- rencontrer et écouter ce que le terrain a à dire sur le phénomène. Par terrain, nous entendons ici l'ensemble des acteurs institutionnels et non-institutionnels, professionnels de terrain, associations, etc. qui, de près ou de loin, directement ou indirectement, sont en contact avec notre sujet. Dans notre recherche-action, c'est ce que nous avons appelé l'Investigation Pratique.

En parallèle de l'investigation théorique, démarrée dès septembre 2025, nous avons réalisé une première série de rencontres d'acteurs en octobre-novembre 2025, c'est que nous appelons dans le blog l'épisode 1. Durant ce premier épisode de rencontres, nous avons pu échanger avec : 

- Des psychologues et agents ASE de la Maison Départementale de Saint-Benoit 
- Les éducateurs de prévention de la Maison Départementale de Sainte-Marie 
- La 
Maison de la Protection des Familles (MPF) Gendarmerie
- L'ARAJUFA [Association Réunionnaise de l'aide judiciaire aux Familles]
- L'association Femmes Solidaires
- Le CEVIF Collectif pour l'Élimination des Violences Intrafamiliales
- L'ORVIFF Observatoire réunionnais des violences faites aux femmes 
- L'association IDEHAL
- L'Université de la Réunion
- Le 
Service Evaluation des Établissements Médico Sociaux du Département - L'AMAFAR Association des Maisons de la Famille de la Réunion - L'Observatoire de la Parentalité - Le Planning Familial de St Louis

  Point d'attention : L'ensemble des acteurs rencontrés dans la recherche-action le sont au fil des opportunités, des disponibilités et chemin faisant. Il n'y a aucun degré de priorité ou niveaux d'importances ou de liste pré-établie des acteurs.  Cette première série de rencontres (non exhaustive bien entendue) a permis d'identifier des premiers éléments de compréhension du phénomène, tel qu'il est vécu, rencontré et analysé par les acteurs de terrain. En particulier, cet épisode 1 a permis l'élaboration d'un Arbre à problèmes (vous pouvez le retrouver également dans l'onglet Ressources).

Un arbre à problèmes

Dans sa version classique, un Arbre à problèmes, est composé dans la partie supérieure de l'arbre (branchages) des effets/conséquences du problème sur le public cible, le tronc, le problème, et dans la partie inférieure (les racines), les causes du problème. Pour les besoins de la recherche-action, et notamment de la première tournée d'acteurs, nous nous sommes concentrés sur la partie racine, autrement dit, les causes du problème.

Entre la première version (élaborée avec l'équipe du Comité de Pilotage de la recherche-action) et la dernière, il y a eu de très nombreuses modifications et ajouts.

Au total, une trentaine de causes ou sous-causes ont été identifié par les acteurs rencontrés. Dans ces causes (ou facteurs générateurs de risques), on identifie notamment (liste non-exhaustive) :

- la détresse parentale, la démission ou l'épuisement 
- les incapacités à gérer les émotions, la frustration, la colère (chez les parents)
- la cohabitation et la promiscuité dans les logements
- la violence éducative normalisée comme pratique ordinaire
- les antécédents de violences vécus par les parents quand ils étaient eux mêmes enfants
- l'hyper exposition à des contenus violents (réseaux sociaux, films, jeux vidéos, etc.)
- l'absence de prise en charge des troubles mentaux des parents comme des enfants
- les consommations addictives d'alcool (et de drogues)
- l'injonction à l'irréprochabilité parentale, le poids de l'image sociale à préserver
- les violences par négligence et méconnaissance de la cognition ou développement d'un enfant
- la précarité (et le stress, la honte, la perte d'estime de soi qui peuvent être liés)
- etc.

Il est absolument essentiel de ne pas créer de lien de causalité directe entre chaque cause et les violences faites aux enfants. Les causes sont des facteurs générateurs de risques, autrement dit, des facteurs qui augmentent le risque de voir émerger des phénomènes de violences intrafamiliales. Ca n'est pas parce qu'une famille a de nombreux enfants qu'il y aura des violences, ca n'est pas parce que les parents sont épuisés qu'il y aura de la violence, ca n'est pas parce qu'il y a une séparation de couple qu'il y aura des violences. En revanche, le risque augmente si une même famille cumule plusieurs facteurs. Par exemple : parents ayant été victimes dans leur enfance + consommation d'alcool + promiscuité du logement + fatigue parentale = risque élevé. 

Les facteurs ne fonctionnent presque jamais de façon individuelle/unique mais bien cumulative. C'est parce qu'on cumule les facteurs x, y et z que le risque de violences est très élevé. Par ailleurs, il est important de garder à l'esprit également que les causes identifiées dans l'arbre à problème illustre des causes issues de différents niveaux de lecture : niveau individuel du parent ou de l'enfant (sa psychologie, son caractère, sa situation personnelle, etc.), du niveau du couple/parental, du niveau familiale élargie/méso, et du niveau sociétal. Ces multiples niveaux sont essentiels à comprendre (car ils permettent d'esquisser des endroits potentiels où il pourrait être opportun d'agir en termes de politiques publiques) et ces derniers ont été également confirmé dans la littérature étudiée dans l'investigation théorique. 


Un phénomène éminemment multi-factoriel

La première série de rencontres qui a été mené a permis de se rendre compte de la dimension multi-factorielle des violences intrafamiliales mais aussi du fait que les violences faites aux enfants diffèrent de manière significative des violences faites aux femmes. En effet, face aux enfants, père comme mère, mais aussi frère/sœur, oncle/tante, cousin/cousine, gramoune, etc. peuvent être auteurs des violences. Nous avons également identifié certains facteurs récurrents comme l'alcool ou les antécédents familiaux (quand un parent (ou les deux) sont elles mêmes d'anciennes victimes de violences durant leur enfance) ou encore les troubles mentaux (l'absence de prise en charge mais également de diagnostic, aussi bien chez les parents que les enfants). L'analyse des violences faites au marmaille est, bien entendu, à poursuivre (voir Episode 2).